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À l’approche du Mondial 2030, le Maroc accélère la modernisation de ses réseaux de bus urbains. Un vaste programme de modernisation doté de 11 milliards de dirhams, lancé par le ministère de l’Intérieur, vise à améliorer les flottes, la qualité de service, la rationalisation des recettes et l’expérience des usagers. Plusieurs appels d’offres ont été lancés et certains marchés ont déjà été attribués, marquant une recomposition progressive du secteur.

Dans cette dynamique, on observe un recul apparent de certains opérateurs historiques, au profit de nouveaux acteurs marocains, notamment la CTM et Supratours.

Alsa perd trois marchés stratégiques

Ces dernières semaines, plusieurs décisions importantes ont été annoncées :

  • À Fès et Tétouan, City Bus a cédé la place à CTM, via sa filiale Issal.
  • À Tanger, le groupement CTM-Transdev a été confirmé comme nouveau gestionnaire du réseau.
  • À Marrakech, Supratours (filiale de l’ONCF) a été désignée comme opérateur et a repris le service fin décembre, selon Marrakech Mobility. Une nouvelle société, la Société de gestion du transport urbain et périurbain de Marrakech (SGTUPM), a été créée pour gérer ce marché, avec un capital de 5 millions de dirhams détenu à 40 % par l’ONCF et à 60 % par Supratours.
  • À Agadir, deux sociétés — l’espagnol Otasa Group et Supratours — sont en lice pour le nouveau marché, sans participation apparente d’Alsa. Tant que le marché n’est pas officiellement attribué, Alsa continue toutefois d’exploiter le réseau.

Cette évolution suggère une marocanisation progressive de l’exploitation des réseaux urbains.

Marrakech, un cas révélateur des difficultés

La ville de Marrakech illustre les enjeux de cette transition. Le contrat d’Alsa y a pris fin il y a près de trois ans, mais il a été prolongé à plusieurs reprises, faute de solution opérationnelle stable. Pendant cette période, le parc de bus a vieilli, la qualité de service s’est détériorée et aucun investissement significatif n’a été réalisé jusqu’au lancement du programme de modernisation. Deux appels d’offres successifs ont été lancés, le plus récent ayant été remporté par Supratours — Alsa n’y ayant pas participé.

Le transport urbain : un métier complexe

Pour les autorités, le défi consiste à faire émerger des opérateurs capables non seulement de mobiliser les investissements nécessaires, mais aussi d’assurer une gestion efficace et rentable — comme l’a fait Alsa à Casablanca en 2019, en finançant près de la moitié du parc de bus. La question reste ouverte : des acteurs nationaux peuvent-ils aujourd’hui reproduire ce modèle à grande échelle ?

Le transport urbain par bus, aujourd’hui, ne se limite plus à faire circuler des véhicules : il s’agit aussi de garantir qualité de service, fiabilité, réduction des temps d’attente et meilleure relation client. Malgré les avancées du programme de modernisation, la transition vers un nouveau modèle de gestion reste fragile et le secteur continue de s’organiser autour de ces défis complexes